Face au défi neurologique
Notes de vingt-quatre ans de pratique
Au fil des années, j’ai accompagné de nombreuses personnes vivant avec une condition neurologique. Le diagnostic n’est pas mon domaine : mon attention ne va pas à la pathologie, mais à la personne qui la vit et à la manière dont elle l’habite.
En tant que thérapeutes complémentaires, certifiés et reconnus en Suisse, nous ne soignons pas et ne posons pas de diagnostic mais nous renforçons les compétences personnelles, l’autorégulation et la perception de soi. Une approche qui ne change pas avec le nom de la condition : elle la respecte sans y enfermer la personne.
Nombre de mes client.es se situent sur le spectre autistique. Certains me le disent, d’autres non ; certain.es, je ne l’exclus pas, l’ignorent eux-mêmes. Cela change peu de choses : je travaille avec l’individu et je l’accompagne dans la découverte et le renforcement de ses ressources et de sa résilience.
L’identité comme habitude
Nous sous-estimons à quel point nous pouvons nous aider nous-mêmes ; la Technique nous le montre à chaque occasion.
Nous nous construisons une image de nous-mêmes et croyons nous connaître. Or cette identité est en grande partie une construction : vécu, habitudes, préjugés, regard des autres. Cela vaut pour chacun, et plus encore pour qui a reçu un diagnostic. « Je suis comme ça, c’est ma condition. » Mais vivre avec une condition neurologique n’oblige pas à incarner chaque élément du diagnostic.
Il ne s’agit pas de renier ce que l’on est, mais de desserrer une interprétation qui finit par tout expliquer, même ce qui n’est que pure habitude. Reste la possibilité d’habiter cette condition avec plus de liberté, et ceci dans la coordination, dans la pensée, dans la relation à soi et aux autres.
Il y a un potentiel au-delà de l’identité perçue, et au-delà de la conviction sur la manière dont une condition devrait être vécue. Et la voix qui répète : « je n’y arriverai pas », « ce n’est pas pour moi », nous la portons un peu tous en nous.
L’individu, non l’étiquette
Quand un.e client.e se définit d’une certaine manière, je n’adopte pas d’attitude particulière : je l’accueille avec ses idées et ses contradictions. Sinon, je lui refuserais d’emblée la possibilité d’aller au-delà.
Il y a aussi une question d’honnêteté : je n’ai pas de formation clinique et je ne suis pas tenté de réduire la personne à un ensemble de paramètres. Quand quelqu’un me le dit, je m’informe, car je veux respecter la condition. Mais ce que je cherche est ailleurs : qu’il constate par lui-même qu’il ne coïncide pas avec le stéréotype, et qu’il peut choisir comment se rapporter à ce qu’il vit.
Chacun a un degré d’aisance différent, avec les autres, avec soi-même, avec la difficulté. Ce n’est pas une question de diagnostic. Ceux qui nous paraissent solides cachent souvent de grandes fragilités, et nous avons tous des angles morts.
Respecter les rythmes
Guider quelqu’un sur un chemin de conscience ne signifie pas voir à sa place : le processus est individuel et doit le rester. Reconnaître à chacun cette singularité est le cœur de notre travail.
Mon rôle est d’être là . Offrir un espace où il est permis de se tromper, de tomber, et de découvrir que ce n’est pas grave. Une habitude paraît toujours plus solide qu’elle ne l’est, et le changement plus lointain. Mais la distance entre nos habitudes et ce qui pourrait être n’est que l’espace d’un choix. La responsabilité que je prends est de ne pas devancer le rythme de la personne et d’être présent, accueillir, accompagner, et non précéder.
Le même chemin
Chaque individu peut exprimer son potentiel à travers une nouvelle expérience, une nouvelle prise de conscience. Une grande part de notre travail consiste à réveiller cette aspiration, en renforçant le sens de la cohérence et restituant à chacun.e la responsabilité de son propre chemin. C’est là l’empowerment authentique. Quel que soit le défi, nous sommes des individus distincts qui parcourent le même chemin.
Et nous pouvons choisir de le faire en nous aidant les uns les autres.
©2026 Ettore ARCAIS
Thérapeute Complémentaire avec Diplôme Fédéral OrTra TC
Directeur de CTAN, le Centre de Formation Professionnelle de la Technique Alexander à Neuchâtel, Suisse
